Cipango, cahiers d'études japonaises

Cipango n°19 – Le Japon et le fait colonial II

Secrétaire de rédaction : Isabelle Konuma

Cipango est une revue de l’INALCO consacrée à des études en langue française portant sur le Japon.
 Sa perspective se veut pluridisciplinaire (histoire, ethnologie, géographie, économie, linguistique, littérature, arts, cinéma, etc.). Elle privilégie les études de fond utilisant principalement des sources originales en langue japonaise.

 Cipango est actuellement la seule revue scientifique sur le Japon éditée en France. Elle accueille les articles des chercheurs rattachés à des institutions françaises, ainsi que, très régulièrement, des contributions émanant de chercheurs étrangers, qu’ils soient japonais, européens ou bien américains.


Exigeante dans ses choix, Cipango veut être une référence en ce qui concerne les études japonaises en langue française.

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Une édition anglaise est parallèlement publiée en ligne annuellement.

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Appels à contribution Cipango n°24

« -zukuri », les « artisans » de la fabrique du Japon contemporain

En France, le terme de « fabrique » semble devenu incontournable en sciences sociales : des émissions de France Culture aux titres de colloques, jusqu’aux bâtiments d’université… Plus qu’une référence à la Factory de Warhol, qui renvoie au monde de l’usine, c’est à des ouvrages comme La Fabrique des héros 1 que l’on doit la popularité du terme en France, à la fin des années 1990, d’abord en Histoire, puis dans les autres sciences sociales. Il traduit un intérêt plus grand pour les processus d’élaboration des phénomènes historiques et sociaux, comme s’ils étaient finalement plus intéressants que les résultats. On pourrait même considérer que le terme de fabrique, en amont, tend à remplacer celui de production, plus en aval, aujourd’hui daté et rattaché au marxisme des années 19702.

Au Japon, en partant du terrain où l’on constate la généralisation du terme –zukuri, nous pouvons vérifier sa prévalence dans différents domaines, au point qu’on le retrouve comme suffixe dans presque tous les champs comportant une part d’intervention opérationnelle : politiques familiales, sociales et sanitaires, urbanisme, etc. Ce terme vient en remplacer d’autres, plus bureaucratiques, comme keikaku (planification), ou kensetsu (construction). Nous pouvons à cet égard analyser les déclinaisons en zukuri : kuni-zukuri, machi-zukuri, katei-zukuri, hito-zukuri, kenkô-zukuri, kizuna-zukuri, kankei-zukuri, etc.

Tout laisse à penser qu’il y a plus qu’un simple remplacement de terme, d’autant que ces zukuri sont systématiquement présentés, par les structures ou les individus qui les portent, comme la réponse aux problèmes auxquels est confrontée la société japonaise contemporaine (dénatalité, désertification rurale, vieillissement, etc.), où les processus de résolution feraient partie intégrante de la solution, sans que des objectifs ne soient toujours clairement annoncés en amont.

Le numéro 24 de la revue Cipango (2016) vise à identifier de quoi et de qui –zukuri est le nom. S’il s’agit d’une méthode opérationnelle, quelle est sa nature, et quels sont les « produits » de ces « fabriques » : quel est le Japon façonné par ces -zukuri ? Par ailleurs, si le terme est massivement employé, nous avons à ce jour identifié peu de réflexions théoriques globales au Japon sur son usage et ce qu’il implique. La connexion avec les concepts occidentaux est également à démontrer. Est-ce un simple slogan ou porte-t-il des pratiques nouvelles ? Ne serait-ce pas une simple importation des méthodes libérales du bottom-up anglo-saxon ? Dans un Japon qui pense traverser un moment de crise, le –zukuri promeut-il véritablement l’idée de la possibilité de surmonter le poids des institutions et des inerties, via l’élaboration d’une sociabilité nouvelle à laquelle participeraient de nouveaux types d’acteurs ? Ou ne serait-il qu’un habillage visant surtout à l’adhésion, puisque les -zukuri se présentent aussi comme autant de projets participatifs, dans lesquels peuvent se noyer, ou être noyées, les contestations ?

L’appel à contribution est ouvert à l’ensemble des chercheurs japonologues, de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales. Les chercheurs qui souhaiteraient soumettre un manuscrit à la revue Cipango, cahiers d’études japonaises, sont invités à le faire avant le 15 mai 2016. Une évaluation sera ensuite réalisée avant le 26 juin 2016, la version finale des manuscrits devant être soumise à la revue pour le 30 septembre 2016. La publication est prévue à la fin de l’année 2016. Les personnes qui souhaitent obtenir des informations supplémentaires peuvent contacter Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. et Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .

1 Centlivres Pierre et al, La Fabrique des héros, Paris, éd. de la Maison des sciences de l’homme, 1998. De même : Chanet Jean-François, « La fabrique des héros. Pédagogie républicaine et culte des grands hommes, de Sedan à Vichy », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n°65, janvier-mars 2000. pp. 13-34.
2 Comme La Production de l’espace d’Henri Lefebvre (1974).


L’eugénisme dans le Japon moderne et contemporain

Souvent qualifié de vestige de l’influence nazie, l’eugénisme fit l’objet de peu d’études académiques au Japon, en dehors d’un cercle restreint de sociologues (Ichinokawa Yasutaka, Katô Shûichi, Tateiwa Shin.ya), ou d’historiens (Fujino Yutaka), dont notamment les historiens des sciences (Yonemoto Shôhei, Matsubara Yôko). L’événement politico-juridique majeur que constitua la suppression en 1996 du mot yûsei (eugénisme) du paysage législatif semble avoir peu intéressé le monde académique et social, voire même juridique, une inertie qui intrigue, comparée aux débats passionnels et tendus des années 1920, et du consensus politico-social des années 1950 et 1960.

Dans le numéro 24 de Cipango, nous souhaitons mettre la lumière sur cette idéologie, qui connut une mutation importante depuis son introduction politique sous l’ère Taishô, et son renforcement après la Seconde Guerre mondiale, dans une optique de reconstruction d’un Etat civilisé, puis social. Le niveau d’éducation, la composition physique, l’état génétique, l’environnement social et familial… tant de critères qui, portés aussi par une logique raciale, permirent à l’eugénisme de se renforcer après 1945 via le planning familial, la stérilisation et l’éducation. Différents cercles, académiques, politiques, professionnels ou civils, furent porteurs du message, avec un degré d’implication varié. A la source se trouvent les généticiens, les gynécologues-obstétriciens, les médecins, les psychiatres, ou les juristes. Pourtant, d’autres corps professionnels jouent un rôle central dans la mise en pratique de cette idéologie : réformateurs sociaux, éducateurs, sages-femmes… Le discours s’exprime aussi dans des œuvres littéraires, cinématographiques, théâtrales, entre autres, qui représentent un puissant mode de canalisation, de sensibilisation, ou de contestation. Enfin, la dimension lexicale ne peut être sous-estimée, la montée en puissance des droits de l’homme venant censurer et marginaliser ces discours dès les années 1970.

Dans le numéro 24, nous souhaitons particulièrement mettre la lumière sur les modes de construction, d’expression et de contestation de cette idéologie à travers :

  • la scientifisation des connaissances et des pratiques pseudo-eugéniques et eugénistes dans le Japon pré-moderne, moderne et contemporain ;
  • la formation catégorielle d’individus sous une logique eugéniste et les contestations ;
  • la place qu’occupent les corps professionnels, partagés, en tant qu’experts de leur domaine, entre un impératif scientifique et une logique d’action politique ;
  • la circulation transnationale et ses acteurs financiers, institutionnels et académiques ;
  • la diffusion, la reconstruction et la contestation dans les œuvres littéraires, cinématographiques, théâtrales, et leur réception ;
  • l’analyse lexicale des termes associés à l’eugénisme, et le processus de censure à partir des années 1970 ;
  • la survivance de l’eugénisme au XXIème siècle, sous la forme d’une dichotomie entre un champ hautement technicisé (assistance médicale à la procréation, diagnostic prénatal) et la sphère sociale (éducation, mariage).

L’appel à contribution est ouvert à l’ensemble des chercheurs japonologues, de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales. Les chercheurs qui souhaiteraient soumettre un manuscrit à la revue Cipango, cahiers d’études japonaises, sont invités à le faire avant le 15 mai 2016. Une évaluation sera ensuite réalisée avant le 26 juin 2016, la version finale des manuscrits devant être soumise à la revue pour le 30 septembre 2016. La publication est prévue à la fin de l’année 2016. Les personnes qui souhaitent obtenir des informations supplémentaires peuvent contacterCette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. .