[Séminaire] « Yamagata Bantō & son temps (XVIIIe-XIXe siècles) »

Axe 1 du CEJ - Projet 6 — Le Yume no shiro de Yamagata Bantō. Traduction commentée d'une encyclopédie au fil du pinceau 

 

 

Vendredi 20 octobre, de 10h30 à 12h30

INALCO - PLC (65, rue des Grands Moulins), salle 5.25

 

Kogaku et rationalisme

 

François Macé (Inalco/CEJ)

 

Études anciennes ou de l’antiquité, cette nouvelle approche des anciens textes traverse tous les courants de pensée de l’époque d’Edo que l’on a trop souvent l’habitude de compartimenter en confucianisme, bouddhisme et autres études japonaises. Le regard neuf que ses tenants portèrent sur des ouvrages considérés comme fondateurs n’est pas sans rappeler certains aspects de la Renaissance en Occident.

Qu’elle soit chinoise (Jinsai, Sorai) ou japonaise (Keichū, Norinaga), la philologie joua un grand rôle. Elle permit de débusquer nombre d’apocryphes et d’essayer d’appréhender le sens premier des textes par dessus les commentaires médiévaux. Ce faisant, l’esprit critique ne pouvait que se développer. Le parcours des disciples de Yamazaki Ansai est à ce titre exemplaire.

En recherchant une vérité première dans le passé lointain, les lettrés acquirent une conscience aigüe du temps qui s’étaient écoulé. En se débarrassant des commentaires médiévaux, ils se coupaient d’une transmission de savoir où le disciple ne pouvait remettre en cause les enseignements du maître et se voyaient obliger de penser par eux-mêmes. 

 

 


 

L’époque d’Edo connaît un fourmillement intellectuel du fait de l’émergence, de la rencontre et de la confrontation de multiples courants de pensée, venus du Japon et du reste du monde. Cet environnement particulier mène à une intense production d’écrits de toutes sortes, dont plusieurs marqueront leur temps et serviront de référence aux savants et penseurs des époques qui suivront.

 

Parmi ces textes incontournables, on trouve l’ouvrage intitulé Yume no shiro (En guise de rêve) de Yamagata Bantō (1748-1821), rédigé entre 1805 et 1820. Écrit en apparence sur le mode des essais au fil du pinceau, et pourtant thématisé, ce texte est résolument moderne. Empreint d’une rationalité parfois abrupte et souvent critique, il est le résultat des lectures et de la réflexion d’un lettré ancré dans son époque. Yamagata y traite des thématiques-clés pour les savants de son temps, confrontés à la rencontre des savoirs confucéens et de connaissances venues de l’Europe. Le spectre très large des sujets traités va des phénomènes naturels aux problématiques sociales, en passant par la question, largement développée, des croyances. À travers douze chapitres, il livre ses réflexions sur l’économie, l’histoire, la religion, la géographie, le rapport aux Classiques, la gouvernance shogunale, les lois et leur impact sur la société, etc.

 

À travers le Yume no shiro, Yamagata Bantō participe aux nouvelles réflexions des lettrés, développées à la fin du XVIII e siècle, qui se trouvent à une croisée des chemins entre les systèmes de pensée paradigmatiques hérités de l’Asie (confucianisme, paradigme du Royaume du Milieu, etc.) et de l’Europe (expansionnisme colonial d’Ancien Régime, Lumières, vision westphalienne des relations internationales), par le biais de la circulation des savoirs. En ce sens, ce projet interroge à la fois les héritages et les référents culturels à l’œuvre au Japon, et il propose une confrontation de ces modèles avec ceux qu’ont inspirés l’Europe, puis les États-Unis, dès le XVIIIe siècle.

 

Ce séminaire bimensuel (une matinée tous les deux mois) est dédié au paysage intellectuel japonais de l’époque d’Edo. Son ambition est de proposer, à l’image de l’éclectisme de Yamagata Bantō, un panorama des préoccupations et des écrits des lettrés de cette période, sous la forme d’interventions de chercheurs extérieurs ou de membres du groupe, invités à partager leurs recherches sur ces sujets. Ce séminaire sera l’occasion d’analyser les réseaux de lettrés, les relations épistolaires et les écoles permet une étude de la circulation de savoirs entre le Japon et l’étranger, mais également à l’intérieur du Japon même de réfléchir à la notion de « modernité japonaise » avant l’ère Meiji, qui marque officiellement l’avènement du Japon, dit « moderne ».