Séminaire Société, économie et politique du Japon contemporain : "Les Teikei 提携 ou « partenariats de coopération » La promotion de l’agriculture biologique et la proposition d’un nouveau paradigme"

Dans le cadre du séminaire "Société, économie et politique du Japon contemporain", Pénélope Roullon (Inalco) interviendra sur le sujet : "Les Teikei 提携 ou « partenariats de coopération » La promotion de l’agriculture biologique et la proposition d’un nouveau paradigme"

 

Date : Mardi 10 mai 2016 de 17h à 19h30
Lieu : Salle 481C (Salle du Conseil) - Université Paris Diderot, 4ème étage, Aile C, Bâtiment des Grands Moulins, 16 rue Marguerite Duras, 75013 Paris

 

 

 

Séminaire Société, économie et politique du Japon contemporain : "Les Teikei 提携 ou « partenariats de coopération » La promotion de l’agriculture biologique et la proposition d’un nouveau paradigme" par Pénélope Roullon (Inalco)

 

Dans la fin des années 1960, alors que le Japon est en plein « miracle économique », une partie de la population peut déjà constater qu’il y a certaines limites à ce dernier. D’une part, bien que l’importante réforme agraire de 1946 et la réorganisation des coopératives agricoles aient permis de relancer l’agriculture et de faire face à la situation de pénurie alimentaire, la société agraire a du mal à s’adapter à ces changements qui finissent par lui nuire tant sur le plan social et économique que sur le plan sanitaire. Les agriculteurs, peut-être parce qu’ils aspirent à un autre mode de vie mais aussi parce qu’ils ont besoin d’argent pour pouvoir acheter les engrais, pesticides et engins agricoles vendus par les coopératives, se voient contraints de quitter les campagnes pour trouver un autre salaire en ville. Et d’autre part, cet exode rurale et cette industrialisation agricole, qui s’engendrent et s’alimentent mutuellement, deviennent la cause d’une pollution croissante ainsi que de  plusieurs scandales sanitaires qui inquiètent de plus en plus de mères de famille.

C’est dans ce contexte-là, souvent pour guérir ou protéger leurs enfants, que de nombreuses femmes vont commencer à s’unir pour étudier les relations entre santé et alimentation, puis demander directement à des agriculteurs de leur fournir des produits « sains et rassurants » (anzen anshin 安全安心) qu’elles ne trouvent pas dans les supermarchés.  C’est grâce à ces mères de familles engagées et leurs achats solidaires que de nombreux agriculteurs pourront alors arrêter l’utilisation des intrants chimiques, et commencer ainsi ce que l’on nommera ensuite «l’agriculture biologique ».  Au Japon, cette dernière s’est donc développée en parfaite corrélation avec les relations d’entraide et de confiance mutuelle qui se sont ainsi créées entre « producteurs » et « consommateurs ».  Relations qui seront théorisées en 1978 sous le nom de « Teikei  提携 », soit « partenariat de coopération », et qui inspireront par la suite les AMAP (« Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne ») apparues en France à partir de 2001.

Dans notre intervention, après être expliqué l’histoire et le fonctionnement de ce mouvement de coopération jusqu’à aujourd’hui, nous souhaitons insister plus particulièrement sur les résultats obtenus lors de notre terrains de recherches au Japon. Nous présenterons alors quelques exemples concrets, dont notre propre pratique du Teikei, effectuée dans le cadre d’une observation participante, mais aussi les différentes idées qui se trouvent derrière ce mouvement et que nous avons pu découvrir sur place, en lisant et en écoutant les différents chercheurs et acteurs que nous avons pu rencontrer et côtoyer. Nous verrons alors que le Teikei ne se limite pas à la promotion de nouvelles techniques agricoles, ni à un simple système de distribution alternatif, mais porte en fait l’idée d’un projet politique plus ambitieux ; entre l’idée de décroissance apparue dans les années 1970 dans les ouvrages d’Ivan Illich ou André Gorz – dont s’inspire en partie le théoricien du Teikei, Ichiraku Teruo 一楽照雄 – et le « convivialisme », nouvelle idée politique qui serait née à la suite d’une discussion à la Maison Franco-Japonaise de Tokyo en juillet 2010, et qui est aujourd’hui promue par une centaine d’intellectuels de différents pays.

 

Bibliographie indicative

Nihon yuki nogyô kenkyukai  日本勇気農業研究会(« Association Japonaise de Recherches sur l’Agriculture Biologique »),  Anya ni tane wo maku gotoku 暗夜に種を播く如く(« Comme semer des graines dans la nuit noire»), Tokyo, 1996, 429p.

Masugata Toshiko 桝潟俊子, Yûki nôgyô undô to « teikei » no network 有機農業運動と〈提携〉のネットワーク(« Le mouvement pour l’agriculture biologique et le réseau Teikei »), Tokyo : Shinyosha,  2008, 336p.

Sakaino Komeko 境野米子, Yûki nôgyô undô ni ikite  有機農業運動に生きて (« Consacrer sa vie au mouvement pour  l’agriculture biologique »), Fukushima, 1991, 174p.

Asai Mariko 浅井まり子、Haihiiru wo nugisutete – yûki-munôyaku nôgyô de anzenna shoku wo『ハイヒールを脱ぎすてて有機・無農薬で安全な食を』 (« Abandonner ses escarpins et se mettre à l’agriculture biologique et sans pesticides pour une alimentaire plus sûre »),  Tokyo : Ie no hikari kyôkai, 1991, 239p.

Collectif. Manifeste convivialiste, Déclaration d’interdépendance, Lormont: Le Bord de l’eau, 2013, 39p.

 

 

 Après avoir validé une licence en langue et civilisation japonaise à l’Université Bordeaux III, Pénélope Roullon entre ensuite à l’INALCO en septembre 2011 afin de poursuivre ses études en Master. Elle y est aujourd’hui inscrite en doctorat depuis 2013, au sein du Centre d’Etudes Japonaises et sous la direction de monsieur Bernard Thomann. Son sujet de recherches concerne le mouvement japonais pour l’agriculture biologique et la coopération entre producteurs et consommateurs (nommé « Teikei 提携 » ou Sanshô Teikei産消提携 »), qu’elle choisit d’étudier d’un point de vue historique puis sociologique. Pour cela, elle effectue un premier terrain de recherches dans la ferme de Kaneko Yoshinori金子美登 en été 2012, puis elle repart au Japon pour un second terrain de 2 ans, d’avril 2014 à avril 2016, en tant qu’étudiante boursière du MEXT à l’Université de Tôkyô. A côté de ses études, elle corrige des copies de japonais pour le CNED pendant les trois ans qui suivent sa licence, puis donne ensuite quelques cours de japonais en tant qu’enseignante vacataire à l’Université de Rennes II, entre septembre et décembre 2013. Par ailleurs, elle participe aussi à la traduction d’un texte de Tanaka Shôzô dans l’ouvrage La pensée écologique: une anthologie, rédigé par Dominique Bourg et Augustin Fragnière, et publié en janvier 2014. Et enfin, elle fait également plusieurs fois de l’interprétariat au Japon, d’abord pour un projet de soutien de la Fondation de France à la population de Fukushima, en aout puis novembre 2014, puis pour une association de constructions de panneaux solaires, Solar-net, en septembre 2015.

 

Contacts : Adrienne Sala  <Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. > / Brice Fauconnier <Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. >