[Conférence] Groupe d'étude de Philosophie Japonaise, 30 juin 2017

 

Affiche

Dates : 
Samedi 30 juin 2018 - 14:30 - 18:00
Lieu : Salle 4.06 - Inalco - 65 rue des Grands Moulins 75013 Paris

 

 

KOBAYASHI Toshiaki  (Université de Leipzig, Allemagne)
 
 « 間(ま)という瞬間 »  (L‘instant appelé ma ) 
 
Le concept de « maintenant » est le nœud de la théorie philosophique du temps. À propos du « maintenant », on pourrait s’exprimer exactement comme Augustin : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus » (Confessions, 11, 14 [trad. Trabucco]). Nous le savons, mais nous ne le savons pas.
La notion couramment utilisée en un sens quasiment identique est celle de « présent ». Augustin a parlé de « présent du présent » ; or, ces deux présents sont-ils différents ou identiques ? S’ils ne sont pas différents, l’expression « présent du présent » n’a aucun sens. Et pourtant, s’ils ne sont pas identiques, il n’y a aucun sens à utiliser le même mot « présent ». Bref, le « présent du présent » est une identité différentielle qui fait sens in extremis, c’est-à-dire, pour parler comme Nishida, une « auto-identité contradictoire ». Nishida a désigné la même chose en parlant d’« éternel maintenant », ou encore d’« auto-détermination du maintenant ».
En grec, il existe deux mots pour exprimer le temps : kairos et chronos. C’est le kairos qui est important pour le thème du maintenant-présent. Si le présent vivant qu’est le maintenant est kairoschronos est quant à lui son objectivation. C’est justement parce qu’il est objectivé que chronos est quantifié, tandis que le maintenant qui nous apparaît plein de vie est l’instant qui ne peut être quantifié.
Le concept heideggérien d’Anwesen et le mot japonais ma 間 [intervalle] nous donnent quelques indices qui nous aideront à faire un pas en avant dans cette « généalogie du kairos » composée du maintenant, du présent, du kairos et de l’instant. Qu’est-ce qu’un intervalle se trouvant dans l’instant, dans le maintenant sans durée ? Quelle alternative cette question peut-elle donner à la théorie philosophique du temps ?
 
 
哲学的時間論の核心をなすのは「今」の概念である。アウグスティヌスは「ではいったい時間とは何でしょうか。だれも私にたずねないとき、私は知っています。たずねられて説明しようと思うと、知らないのです」(『告白』11,14)と言っているが、この言葉は「今」という概念にこそふさわしい。われわれはそれを知っている、しかし、知らないのである。
「今」とほぼ同義に使われているのは「現在」である。アウグスティヌスは「現在の現在」といったが、この二つの「現在」は違うのか、同じなのか。違っていなければ、「現在の現在」という表現は意味をなさない。しかしまた、同じでなければ、同一の言葉「現在」を使う意味がない。つまり、「現在の現在」とはぎりぎりのところで意味が成立する差異的同一、すなわち西田の言葉でいえば、「矛盾的自己同一」のことである。西田は同じことを「永遠の今」と言い、「現在の自己限定」とも言った。
ギリシア語には時間を表わすのに「カイロス」と「クロノス」という言葉があるが、今=現在にとって重要なのはカイロスである。今という生きた現在がカイロスであるとすれば、それが対象化したものがクロノスである。対象化されているからこそクロノスは数量化されるが、生き生きと現前する今は数量化ができない瞬間である。
こうした今、現在、カイロス、瞬間といった一連の「カイロスの系譜」をもう一歩推し進めるのに、ハイデッガーの「Anwesen」や日本語の「間(ま)」という概念がいくつかのヒントを与えてくれる。長さを持つことのない今という瞬間のなかにある間とは何か。それはこれまでの哲学的時間論にどのようなオルタナティヴを提供することができるのか。講演では、そのような問題に挑戦してみたい。
 


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KURODA Akinobu  (Université de Strasbourg)
 
 « Sujet et individu : une lecture simondonienne de Nishida et Tanabe »
 
Le concept de shutai 主体 en japonais ne peut plus toujours se retraduire par « sujet », alors même que ce terme japonais fut introduit initialement, vers la fin des années 1920 ou au début des années 1930, afin de traduire le concept marxiste de sujet en tant qu’agent d’activité humaine. Qu’est-ce qui rend difficile voire impossible cette retraduction du japonais en français ? Quelle est la différence qui est devenue irréductible entre shutai et sujet ? Un shutai est-il toujours individuel, ou peut-il être collectif ? Un shutai appartient-il nécessairement à une espèce biologique et/ou à un groupe ethnique ? Quel est alors le rapport du shutai à son milieu ? Faudra-t-il aussi parler de la pathologie spécifique du shutai ? Autant de questions se posent autour du concept de shutai.
Cette communication se propose de réexaminer sous un angle nouveau le concept de shutai dans la dernière phase de la philosophie de Nishida et le concept de shu 種 (espèce) dans la dialectique absolue chez Tanabe à la lumière des notions de sujet et d’individu définies conjointement l’une avec l’autre dans la philosophie de l’individuation de Gilbert Simondon.
À partir d’un commentaire d’une section portant sur la différence essentielle et existentielle qu’il faut établir entre sujet et individu dans le deuxième chapitre de la quatrième partie du livre majeur de Simondon, L’individuation à la lumière des notions de forme et d’information, nous allons tenter d’ouvrir une perspective dans laquelle pourraient se réconcilier les philosophies de Nishida et de Tanabe autour du concept de sujet individuel, afin d’aborder un problème délicat qui se pose aujourd’hui sur le rôle éthique à jouer pour un sujet dans le monde trans-/post-humaniste qui vient.